Titre

Historia de Alejandro Magno de Quinto Curcio por Alfonso de Liñán: estudio y edición del BNE Mss/7565

Auteur Adrian FERNANDEZ
Directeur /trice Hugo O. Bizzarri
Co-directeur(s) /trice(s)
Résumé de la thèse Cette thèse présente l’édition du dernier texte d’un manuscrit conservé à la Bibliothèque Nationale d’Espagne, à Madrid (signature : BNE Mss/7565). Il s’agit d’un codex de la deuxième moitié du XVe siècle avec trois éléments : 1) un fragment des Vies parallèles de Plutarque sur la vie d’Alexandre ; 2) la Comparación de César y Alejandro de Pier Candido Decembrio ; 3) l’Historia de Alejandro Magno de Quinte Curce, traduite par Alfonse de Liñan. Quinte Curce est l’auteur de l’une des œuvres les plus importantes sur le Macédonien – les Historiae Alexandri Magni – et fait office d’autorité dans l’historiographie du Conquérant, aux côtés de Plutarque, Arrien ou Diodore de Sicile. Son succès médiéval est lié, d’une part, à la réécriture de Gautier de Châtillon dans son Alexandreis (XIIe siècle) et, d’autre part, à la traduction italienne faite par l’humaniste Pier Candido Decembrio en 1438, à partir du texte latin. Dès lors, les versions vernaculaires issues de cette traduction se multiplient en Europe. Dans la Péninsule Ibérique, nous conservons une dizaine de manuscrits de son œuvre en castillan, sans compter les versions catalanes et portugaises, ainsi que les copies du texte latin et de la traduction italienne. Les versions hispaniques sont toutes issues de celle de l’humaniste italien et font partie des bibliothèques des grands nobles de l’époque (le Marquis de Santillane, le Comte de Haro ou Alphonse V d’Aragon). Parmi ces exemplaires, le BNE Mss/7565 contient le nom de son traducteur, Alfonse de Liñan, un noble aragonais propriétaire du château de Cetina, dans la province de Saragosse. Cet homme possédait une collection d’une trentaine d’ouvrages avec un grand nombre de textes classiques, témoignant ainsi de son goût pour l’Antiquité, notamment Quinte Curce et ses Historiae en castillan et italien. La thèse contient deux grandes parties : l’étude du texte de Liñan et son édition. L’analyse préliminaire est elle-même divisée en trois grandes sections. Dans la première, nous abordons l’arrivée de l’humanisme en Espagne et l’importance de l’émancipation de l’individu dans un cadre sociopolitique fragilisé par la crise du XIVe siècle et le changement de dynastie. Il s’agit surtout de mettre en exergue, d’une part, le poids des traductions comme voies d’accès à la culture antique et, d’autre part, la prise de conscience d’une noblesse qui doit se redéfinir en rapport à la société de son temps. En ce sens, l’émergence du genre biographique témoigne de la volonté de certains nobles d’accourir à sa fonction performative pour légitimer ou promouvoir leur statut social, grâce notamment aux héros antiques, véritables modèles auxquels se référer. Dans la deuxième section, nous revenons sur l’une de ces figures, Alexandre, prépondérante dans la littérature espagnole. À partir du Libro de Alexandre (1ère moitié du XIIIe siècle), le Macédonien est omniprésent dans les œuvres médiévales. Il assure un grand rôle dans les textes du règne d’Alfonse X le Sage et ceux-ci sont copiés jusqu’au XVe siècle et au-delà, garantissant ainsi la pérennité de la figure alexandrine. Son importance s’étend alors progressivement à d’autres champs. Au XVe siècle, il apparaît dans les chansonniers, dans les théories sur la chevalerie ou encore dans les chroniques particulières. Sa présence ne se limite plus à un imaginaire restreint. Il n’est plus un modèle exclusif de la royauté, mais plus généralement un modèle pour la noblesse. Le Victorial de Gutierre Díaz de Games en est le meilleur exemple. Par ailleurs, Alexandre n’intervient pas seulement dans des discours militaires et chevaleresques. Il irradie également les collections d’exempla et les discours sur le savoir, notamment grâce à la littérature de tradition arabe (Poridat de las poridades, Libro de los buenos proverbios, etc.). Par conséquent, Alexandre est un modèle protéiforme capable d’incarner différents idéaux et dont la superlativité s’inscrit au service des mécanismes d’émulation et de dépassement mis en place par les auteurs. La troisième section est consacrée à l’analyse philologique du manuscrit. Elle retrace les grandes étapes de sa conception et insiste sur son originalité par rapport au reste de la tradition manuscrite castillane sur Quinte Curce. Cette partie est d’autant plus importante que nous y identifions la source de traduction employée par Liñan, à savoir le BNE Mss/6564. Nous traitons donc de la technique et des erreurs du traducteur en comparant les deux manuscrits. Nous y commentons également la mixité de la langue de Liñan, qui emploie plusieurs termes d’origine aragonaise, catalane ou italienne, démontrant ainsi l’originalité du BNE Mss/7565 en tant que témoin d’une époque de transition. Cette dernière partie débouche sur l’édition du texte castillan de Liñan, complétée par un index de noms propres. En résumé, cette thèse apporte de nouveaux éléments sur la tradition castillane de Quinte Curce au través de la traduction d’Alfonse de Liñan, qui se démarque du reste des versions vernaculaires conservées de nos jours. Le texte rédigé par l’Aragonais s’insère ainsi dans un processus de divulgation de la figure alexandrine, mise à portée d’un nouveau lectorat grâce au courant humaniste grandissant dans la Péninsule et aux nouvelles aspirations de la noblesse. Finalement, du point de vue de la recherche, cette réflexion s’inscrit plus généralement dans une vague d’études portant sur des traductions et des traducteurs méconnus dont l’analyse, à long terme, permettra d’affiner le débat idéologique et terminologique sur l’humanisme en Espagne au XVe siècle.
Statut terminé
Délai administratif de soutenance de thèse 2019
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